Votre ado vient de faire son coming out : les 48 premières heures
Peut-être que vous vous en doutiez. Peut-être pas. Dans tous les cas, si vous êtes ici, c’est que vous voulez bien faire les choses, et c’est déjà un bon début.
Vous ressentez peut-être beaucoup de choses à la fois : de la surprise, de la peur, du soulagement, de l’incertitude sur quoi dire ensuite. Des milliers de parents ont été exactement à votre place, et la plupart ont trouvé leur chemin. Vous le trouverez aussi.
Ce que veut dire faire son coming out
Faire son coming out, pour votre enfant, c’est vous confier quelque chose de profondément personnel sur son identité : son orientation sexuelle (envers qui on ressent de l’attirance) ou son identité de genre (qui on est).
Ce n’est pas une conversation unique. Votre enfant fera son coming out encore et encore tout au long de sa vie : auprès de nouveaux amis, de collègues, de médecins, peut-être un jour de ses propres enfants. Aujourd’hui, ça commence avec vous.
C’est à vous que votre enfant a choisi de faire confiance. Ça compte.
Pourquoi les 48 prochaines heures comptent
Les premiers jours donnent souvent le ton : ils déterminent si votre enfant verra en vous une personne sûre vers qui revenir. Ce que la recherche dit à ce sujet est frappant.
Une seule personne adulte qui accepte fait toute la différence.
Dans un sondage mené en 2019 auprès de plus de 25 000 jeunes LGBTQ, les jeunes qui avaient au moins une personne adulte acceptante dans leur vie étaient 40 % moins susceptibles d’avoir fait une tentative de suicide au cours de l’année précédente.
Cette personne, ça peut être vous. Vous n’avez pas besoin de tout comprendre, d’avoir toutes les réponses ni de trouver les mots parfaits. Votre enfant a besoin de savoir trois choses : je t’aime, tu es en sécurité, et on va trouver comment faire, ensemble.
Quoi dire maintenant
Dites-les à voix haute. Les mots exacts comptent plus que vous ne le pensez.
« Je t’aime, quoi qu’il arrive. »
Clair, direct et impossible à mal interpréter.
« Merci de m’avoir fait confiance. »
Il a fallu du courage. Montrez que vous l’avez remarqué.
« Tu es toujours mon enfant, et je suis toujours ton parent. »
Rien ne change dans votre relation.
« Il se peut que je me trompe parfois, mais je suis de ton côté. »
La permission, pour vous deux, d’être humains.
Besoin d’une minute? Vous pouvez dire : « Je n’ai pas tous les bons mots en ce moment, mais je veux que tu saches que je suis là pour toi. »
Vous vous en doutiez déjà? Essayez : « Je ne comprends pas encore tout, mais je t’aime. »
Quoi faire maintenant
- Écoutez et validezEntendez ce que votre enfant vous dit, et montrez-lui que vous l’entendez. C’est votre enfant qui se connaît le mieux.
- Donnez de l’espace, mais pas tropLaissez votre enfant venir vers vous quand le moment sera venu d’en parler davantage. Poursuivez la vie de famille habituelle : préparez le souper, regardez la télé ensemble. Montrez que la vie continue normalement, et que vous êtes toujours disponible.
- Suivez son rythmeC’est son histoire à raconter, pas la vôtre. Même si vous avez envie d’en parler à une personne proche ou à l’autre parent, vérifiez d’abord avec votre enfant. Trahir sa confiance peut faire très mal.
Si votre enfant vous l’a dit par texto
Il peut sembler plus facile d’entamer cette conversation par texto. Votre réponse ne change pas. Elle doit simplement arriver rapidement.
Votre ado
J’ai quelque chose à te dire et j’ai peur. Je suis bi. Promets-moi de ne pas te fâcher.
Vous
Merci de me l’avoir dit. Je t’aime, et rien ne change ça. On peut en parler quand tu voudras?
Répondez dans l’heure si vous le pouvez. Le silence peut ressembler à un rejet. Vous êtes au travail? Une courte réponse suffit pour l’instant : « J’ai vu ton message. Je t’appuie et ça me touche vraiment que tu me l’aies dit. Je t’écris après le travail. »
Les deux prochains jours, heure par heure
Servez-vous-en comme d’un repère, pas d’un horaire. Allez au rythme de votre enfant, pas à celui de l’horloge.
Répondez avec chaleur
Restez simple. N’importe laquelle de ces phrases fera l’affaire :
- « Merci de m’avoir confié quelque chose d’aussi important. »
- « Avec moi, tu es en sécurité. »
- « Tu n’as pas à traverser ça sans moi. »
Demandez avant de toucher. « Est-ce que je peux te serrer dans mes bras? » permet à votre enfant de dire oui à sa façon.
Laissez votre enfant mener
Écoutez d’abord. Soutenez ensuite. Gardez vos questions pour plus tard.
Laissez votre enfant décider de ce qu’on partage : « Tu peux m’en dire autant ou aussi peu que tu veux. » Puis demandez-lui ce qui l’aiderait : « Veux-tu qu’on en parle encore ce soir, ou préfères-tu avoir un peu d’espace? »
Gardez le quotidien
Votre enfant est la même personne qu’hier. Gardez vos routines habituelles et parlez de choses de tous les jours.
Une petite prise de nouvelles au déjeuner fonctionne bien : « Comment tu te sens par rapport à hier? Merci encore de me l’avoir dit. »
Commencez à vous informer, en douceur
Posez des questions qui ouvrent des portes, comme « Y a-t-il quelque chose que tu aimerais que je fasse autrement? » Évitez celles qui sèment le doute, comme « Comment tu le sais? »
Informez-vous de votre côté pour que votre enfant n’ait pas à tout vous expliquer, et montrez-lui que vous le faites : « J’ai lu à ce sujet. » De bons points de départ : pflag Canada, The Trevor Project et It Gets Better.
Les questions des parents
Poser des questions montre que vous tenez à votre enfant et que vous voulez comprendre. Votre enfant pourra répondre à certaines d’entre elles. D’autres trouveront mieux leur place lors d’une rencontre pflag. Voici celles que nous entendons le plus souvent.
Et si j’ai dit la mauvaise chose?
Ça vous arrivera probablement à un moment ou à un autre. Ça arrive à tout le monde. Ce qui compte, c’est ce que vous faites ensuite.
Retournez voir votre enfant, même si quelques heures ou une journée ont passé, et dites : « J’ai besoin qu’on reparle d’hier. Quand tu m’as dit [reprenez ses mots], je n’ai pas réagi comme j’aurais dû. La surprise m’a pris de court et je n’ai pas trouvé les bons mots. Je veux que tu saches : je t’aime, je t’appuie, et je regrette de ne pas te l’avoir dit clairement tout de suite. »
On peut se relever de ça. Les enfants pardonnent plus facilement qu’on le croit.
Est-ce que c’est juste une phase?
Concentrez-vous sur qui votre enfant est aujourd’hui. Peut-être que sa compréhension de son identité évoluera avec le temps. Peut-être pas. Dans un cas comme dans l’autre, votre enfant a besoin de savoir que vous prenez ses paroles au sérieux aujourd’hui.
Si son identité change plus tard, vous l’appuierez aussi à ce moment-là. Sinon, vous aurez bâti la confiance en croyant votre enfant dès le départ. Pour votre enfant, « attendons de voir » s’entend comme « je ne te crois pas ».
Je ne connais pas ces termes. Comment poser la question?
Vous ne connaîtrez jamais tous les termes qu’emploie votre ado, que ce soit pour parler d’identité ou de n’importe quoi d’autre. (Nous, on n’a toujours pas compris « six-seven ».) C’est correct de demander : « Qu’est-ce que ce mot veut dire pour toi? » Le sens que votre ado lui donne compte plus que celui du dictionnaire.
Vous trouverez quelques termes courants juste en dessous.
Qu’est-ce que les autres vont penser?
Vous ne pouvez pas contrôler ce que pensent les autres. Votre rôle est de protéger votre enfant, pas le confort des autres. C’est votre enfant qui décide à qui le dire, et quand.
Si un membre de la famille réagit mal plus tard, vous pouvez dire : « Voici qui est [prénom de votre enfant]. Si tu n’arrives pas à faire preuve de respect, on ne passera plus de temps ensemble tant que ça ne changera pas. »
Ma foi et la situation me semblent en conflit.
Pendant ces 48 premières heures, le sentiment de sécurité de votre enfant auprès de vous passe en premier. Tout le reste peut attendre. Vous pouvez dire : « Je suis en train de réfléchir à certaines choses, et j’aurai peut-être besoin de temps. Mais je t’aime, tu es en sécurité, et on va trouver comment faire, ensemble. »
Bien des familles croyantes ont parcouru ce chemin avant vous. Vous n’avez pas à choisir entre votre foi et votre enfant.
Quelques mots que vous pourriez entendre
- 2ELGBTQIA+
- Bispirituel (deux-esprits), lesbienne, gai, bisexuel, transgenre, queer (ou en questionnement), intersexe et asexuel. Le plus fait place aux identités qui ne sont pas nommées ici.
- Bispirituel (deux-esprits)
- Terme qu’utilisent certaines personnes autochtones pour désigner une identité de genre, sexuelle ou spirituelle enracinée dans leurs propres nations et cultures. Il revient aux personnes autochtones de l’employer pour elles-mêmes.
- Coming out
- Partager quelque chose sur soi, comme son orientation sexuelle ou son identité de genre. La plupart des gens font leur coming out plusieurs fois au cours de leur vie.
- Non binaire
- Terme parapluie pour les personnes dont le genre n’est pas seulement « homme » ou seulement « femme ».
- AFAB / AMAB
- Abréviations anglaises de « assigned female at birth » et « assigned male at birth » : sexe assigné féminin ou masculin à la naissance. Il s’agit du sexe inscrit à la naissance, qui ne correspond pas forcément à l’identité de la personne.
- Morinom (deadname)
- Le nom qu’une personne trans a reçu à la naissance et qu’elle n’utilise plus. L’employer, même par accident, peut blesser.
Vous n’avez pas à faire ce chemin en solitaire
En plus de l’amour, vous ressentez peut-être du deuil, de la peur, de la confusion ou de la culpabilité. Ces émotions sont normales, et elles méritent un endroit où se déposer. Cet endroit ne devrait pas être votre enfant, qui traverse déjà ses propres émotions.
Partout au Canada, les sections de pflag tiennent des rencontres de soutien par les pairs pour les parents et les familles, souvent avec des gens qui ont été exactement à votre place.
Trouver une section près de chez vous
Tout ira bien pour vous. Tout ira bien pour votre enfant. Un pas à la fois.
Besoin de parler à quelqu’un maintenant?
Si vous ou une personne que vous aimez traversez une crise, du soutien gratuit est offert en tout temps.
- 9-8-8 Ligne d’aide en cas de crise de suicide Appelez ou textez, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, en français et en anglais.
- 1-800-668-6868 Jeunesse, J’écoute Pour les jeunes, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.
- 1-877-330-6366 Trans Lifeline Soutien par les pairs offert par et pour les personnes trans (en anglais).
Si une personne est en danger immédiat, composez le 9-1-1.