Quand votre première réaction n’a pas été à la hauteur
Peut-être n’avez-vous rien dit. Peut-être avez-vous demandé : « C’est vraiment sûr? » Peut-être avez-vous dit quelque chose que vous aimeriez reprendre. Vous ne pouvez pas effacer ce moment, mais vous pouvez revenir vers votre enfant et lui dire maintenant ce que vous pensez vraiment.
Vous venez de l’apprendre? Commencez par les 48 premières heures
Dans ce guide
- D’autres parents l’ont vécu
- Pourquoi y revenir
- Avant d’en parler
- Quoi dire maintenant
- Après la conversation
- Les questions des parents
- Du soutien pour vous
Besoin de parler maintenant? Appelez ou textez le 9-8-8
Si vous lisez ceci, une part de vous sait déjà que votre première réaction n’a pas été reçue comme vous l’auriez voulu. Ce regret ne fait pas de vous un mauvais parent. Il montre que vous aimez votre enfant et que vous voulez faire mieux. Gardez ça en tête.
Une première réaction n’est pas le dernier mot.
D’autres parents l’ont vécu
Dans les rencontres pflag, partout au pays, des parents parlent de premières réactions peu glorieuses. Certaines vous sembleront peut-être familières.
« C’est vraiment sûr? »
« C’est sûrement juste une phase. »
« N’en parle pas à tes grands-parents. »
« Qu’est-ce que j’ai fait de mal? »
« Je ne peux pas parler de ça maintenant. »
Rien du tout. Juste le silence.
La plupart des premières réactions viennent du choc, de la peur, ou d’un amour qui n’a pas encore repris le dessus. Mais votre enfant ne voit pas ce qui se cachait derrière : seuls les mots sont restés. C’est pour ça qu’il vaut la peine d’y revenir.
Pourquoi y revenir
Votre enfant a sans doute repassé ce moment dans sa tête plus souvent que vous. Si rien n’est réparé, il ne lui reste qu’à deviner ce que vous vouliez vraiment dire, et peut-être à imaginer le pire.
Un petit changement peut faire une grande différence.
Une recherche menée auprès de familles de jeunes LGBTQ a montré que le simple fait d’être un peu moins dans le rejet réduit le risque que l’enfant ait de graves problèmes de santé. Des parents ont changé leur façon de réagir du jour au lendemain, après avoir compris comment leurs mots étaient reçus.
Source : Family Acceptance Project, Université d’État de San Francisco (en anglais)
Vous n’avez pas besoin de tout réussir pour changer les choses. Il faut revenir sur ce qui s’est passé, le nommer, et montrer à votre enfant où vous en êtes maintenant.
Avant d’en parler
- Trouvez d’abord du soutien pour vos propres émotionsLe deuil, la peur, la culpabilité et la confusion sont tous normaux. Ces émotions méritent un endroit où se déposer, et cet endroit ne devrait pas être votre enfant. Parlez-en à votre partenaire, à une personne de confiance ou à d’autres parents lors d’une rencontre pflag.
- Rappelez-vous ce que vous avez vraiment ditLes mots, le ton, le silence. Une réparation fonctionne mieux quand elle est précise. « Pardon pour tout » est plus difficile à croire que « Je regrette de t’avoir demandé si c’était vraiment sûr ».
- Sachez où vous en êtes aujourd’huiVous n’avez pas besoin de tout comprendre encore. Mais vous devez pouvoir dire, en le pensant vraiment : « Je t’aime, et je suis de ton côté. »
- Choisissez un moment calmePas devant la fratrie, pas au moment où votre enfant s’apprête à sortir, pas au milieu d’une dispute. Une marche ou un trajet en voiture peut faciliter les choses, parce qu’on n’a pas à se regarder dans les yeux tout le temps.
Une bonne réparation
- Nomme ce que vous avez dit ou fait
- Reconnaît vos torts, sans chercher d’excuses
- Dit clairement où vous en êtes maintenant
- Demande ce dont votre enfant a besoin
- Est suivie de gestes concrets
Ce qui nuit
- « Je regrette que tu aies eu de la peine »
- « Je regrette, mais je ne m’y attendais pas »
- Une longue liste de raisons pour expliquer votre réaction
- Avoir besoin que votre enfant vous rassure
- S’attendre à ce que votre enfant tourne la page tout de suite
Quoi dire maintenant
Faites court. Gardez les phrases qui sont vraies pour vous, et dites-les à voix haute.
« J’ai repensé au moment où tu me l’as dit. »
Votre enfant comprend que vous vous en souvenez, et que ça compte.
« Quand tu me l’as dit, j’ai répondu [ce que vous avez dit]. Ce n’était pas correct. »
Le nommer montre que vous comprenez ce qui a fait mal.
« Tu méritais une meilleure réponse. Je t’aime, et ça n’a jamais changé. »
Dites ce que vous auriez aimé dire la première fois.
« Qu’est-ce que je peux faire maintenant pour t’aider? »
Puis écoutez. La réponse vous indiquera la prochaine étape.
Si vous vous mettez à pleurer : c’est humain. Prenez une respiration et continuez. Essayez simplement de ne pas faire de votre enfant la personne qui doit vous consoler.
Si vous êtes encore en train d’apprendre : dites-le. « Je ne comprends pas encore tout, mais j’apprends, et je suis avec toi. »
Si c’est plus facile de commencer par texto
Pour certaines familles, un message est la façon la plus douce de faire le premier pas. Il laisse à votre enfant le temps de l’absorber sans avoir à réagir devant vous.
Vous
J’ai repensé à ce que j’ai dit quand tu m’en as parlé. J’ai mal réagi, et je le regrette. Je t’aime et je suis fier de toi. Pas besoin de répondre tout de suite. On peut en parler quand tu voudras?
Votre enfant
ok. merci
Une réponse courte n’est pas un rejet. Vous avez ouvert la porte. Laissez à votre enfant le temps de la franchir, et reparlez-en de vive voix d’ici un jour ou deux.
Après la conversation
Une bonne conversation ne suffira pas, à elle seule, à effacer la première. La confiance revient grâce à ce que vous faites dans les jours et les semaines qui suivent. Allez au rythme de votre enfant, pas à celui du calendrier.
Laissez les choses se déposer
Votre enfant ne dira peut-être pas grand-chose. Soulagement, méfiance, peine encore vive : tout ça est normal. N’insistez pas pour obtenir un pardon ou un câlin. Un simple « Merci d’avoir écouté » suffit.
Puis faites quelque chose d’ordinaire ensemble : un souper, une émission, une balade en voiture. C’est une façon de dire que rien n’a changé dans votre amour.
Joignez le geste à la parole
- Utilisez chaque fois le prénom et les pronoms que votre enfant a choisis.
- Mentionnez quelque chose que vous avez lu ou appris : « J’ai lu pas mal de choses là-dessus. »
- Intéressez-vous à ses amis, à ses passions et à sa journée, pas seulement à son identité.
Prenez sa défense
Si une personne de la famille, du voisinage ou de l’école dit quelque chose de blessant, intervenez. Votre enfant remarquera quand vous le faites, et quand vous ne le faites pas.
Demandez à votre enfant qui peut être mis au courant, et quand. C’est son histoire, et c’est à votre enfant de la raconter. La protéger est l’une des façons les plus claires de montrer que vous avez changé.
Continuez d’y revenir
Vous ferez encore des erreurs. Chaque parent en fait. Quand ça arrive, corrigez-vous vite et continuez : « Pardon, je recommence. »
Réparer, ce n’est pas s’excuser une fois pour toutes. C’est une habitude, et chaque fois que vous la pratiquez, votre enfant apprend qu’il est possible de vous confier la prochaine chose difficile.
À retenir
Réparer, c’est quelque chose que vous faites, pas quelque chose qu’on vous doit en retour. Votre enfant a le droit de guérir à son propre rythme, et votre rôle, c’est de continuer d’être là pendant ce temps.
Les questions des parents
Voici les questions que nous entendons le plus souvent de la part des parents qui cherchent à renouer avec leur enfant.
Ça fait des mois, voire des années. Est-il trop tard?
Non. Que votre enfant ait 14 ou 40 ans, entendre « J’ai eu tort, et je le regrette » peut encore compter énormément.
Vous pourriez commencer ainsi : « Ça fait longtemps que je repense à quelque chose, et je te dois des excuses. » Suivez ensuite les mêmes étapes : nommez ce qui s’est passé, reconnaissez vos torts, dites où vous en êtes maintenant et demandez ce qui aiderait.
Si votre enfant est adulte, lisez Votre enfant adulte vient de faire son coming out.
Et si mon enfant refuse de me parler?
Donnez-lui de l’espace, et gardez la porte ouverte : « Je comprends si ce n’est pas le moment. Je suis là quand tu voudras. »
Puis continuez d’être là par de petits gestes : un message gentil, une prise de nouvelles régulière, l’utilisation de son prénom et de ses pronoms. Si d’autres adultes de confiance entourent votre enfant en ce moment, c’est une bonne nouvelle, même si ça fait un petit pincement au cœur. Laissez ces personnes être présentes pendant que vous rebâtissez le lien.
J’ai encore des émotions fortes à ce sujet. Dois-je les cacher?
Non, mais ce n’est pas avec votre enfant qu’il faut les démêler. Vous pouvez dire : « Certaines choses sont difficiles pour moi. C’est à moi d’y travailler, pas à toi. »
Puis apportez ces émotions dans un lieu qui peut les accueillir. C’est exactement à ça que servent les rencontres de soutien par les pairs de pflag.
Mon ou ma partenaire, ou l’autre parent, n’en est pas encore là. Que faire?
Vous ne pouvez faire que votre propre réparation. Dites à votre enfant où vous en êtes, et soyez honnête sur le fait que son autre parent est encore en train de cheminer, sans pour autant excuser des paroles blessantes.
Évitez de placer votre enfant entre vous deux. Une rencontre pflag peut être un bon premier pas pour un parent qui ne se sent pas encore capable d’en parler avec son enfant.
Pour aller plus loin, lisez Quand vous et l’autre parent n’êtes pas d’accord.
Ma foi a influencé ma première réaction. Dois-je choisir?
Bien des familles croyantes ont parcouru ce chemin avant vous. Vous n’avez pas à choisir entre votre foi et votre enfant.
Vous pouvez dire : « Ma foi compte pour moi, et toi aussi. Rien de ce que je crois ne change à quel point je t’aime. » Votre section locale peut vous aider à trouver d’autres familles croyantes qui sont passées par là.
Devrais-je continuer à m’excuser?
Une fois, clairement, c’est généralement suffisant. S’excuser encore et encore peut ramener la conversation vers votre culpabilité plutôt que vers la guérison de votre enfant.
Ensuite, laissez vos gestes parler pour vous. Si vous faites un faux pas plus tard, une correction rapide suffit.
Les choses ont très mal tourné. Et maintenant?
Commencez par la sécurité. Si votre enfant ne se sent plus en sécurité à la maison, ou n’y habite plus à cause de ce qui s’est passé, il est encore plus important de tendre la main. Dites clairement à votre enfant que vous l’aimez et que votre porte lui est toujours ouverte.
Si vous craignez pour sa sécurité en ce moment, appelez ou textez le 9-8-8, ou communiquez avec Jeunesse, J’écoute au 1-800-668-6868. Puis trouvez du soutien pour vous-même. Vous n’avez pas à porter ça sans aide.
Vous n’avez pas à faire ce chemin en solitaire
Bien des parents qui viennent aux rencontres pflag regrettent leur première réaction. Ces parents ont été à votre place, et peuvent vous aider à retrouver le chemin vers votre enfant.
Partout au Canada, les sections de pflag tiennent des rencontres de soutien par les pairs pour les parents et les familles. Venez comme vous êtes, première réaction comprise.
Trouver une section près de chez vous
Il n’est pas trop tard. Revenez-y, dites-le mieux, et continuez d’être là.
Besoin de parler à quelqu’un maintenant?
Si vous ou une personne que vous aimez traversez une crise, du soutien gratuit est offert en tout temps.
- 9-8-8 Ligne d’aide en cas de crise de suicide Appelez ou textez, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, en français et en anglais.
- 1-800-668-6868 Jeunesse, J’écoute Pour les jeunes, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.
- 1-877-330-6366 Trans Lifeline Soutien par les pairs offert par et pour les personnes trans (en anglais).
Si une personne est en danger immédiat, composez le 9-1-1.